La gestion de projets : de l’utopie à la réalité

Posted on mars 17, 2014 par

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L’idée de ce billet n’est pas de prouver que l’existence de la gestion de projets est inutile, mais simplement de démontrer que dans bien des situations, elle perd de son efficacité et devient vaine en raison de son management souvent trop rigoureux.

L’utopie

Au début des années 1960, les entreprises ont compris l’importance d’organiser et de diviser le travail en projets. La gestion de projets, comme on la connait aujourd’hui, voit alors le jour. Dans sa forme théorique, elle permet d’atteindre efficacement des objectifs tout en gérant bien les ressources, les délais, les risques, le budget, etc. Le chargé de projet devient alors le chef d’orchestre menant ses musiciens à l’atteinte d’un objectif précis.

D’ailleurs, la norme ISO 10006 définit le projet comme :

« un processus unique qui consiste en un ensemble d’activités coordonnées et maîtrisées, comportant des dates de début et de fin, entrepris dans le but d’atteindre un objectif conforme à des exigences spécifiques, incluant des contraintes de délais, de coûts et de ressources. »

La gestion de projets est fréquemment illustré par le schéma suivant :

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La réalité

La gestion de projets n’est pas toujours un gage de réussite. Si sur papier elle semble infaillible, en réalité, elle est souvent vouée à l’échec. Comme vu dans le cours de gestion de projets à l’Université de Sherbrooke, Gartner Group mentionne que :

  • Seulement 25 % des projets génèrent les bénéfices escomptés;
  • 66 % des projets dépassent le budget, sont en retard ou ne mettent pas en oeuvre les fonctionnalités prévues au départ.

Alors que Standish Group affirme que :

  •  84 % des projets échouent.

Si la gestion de projets était vue, il y a quelques décennies, comme une discipline qui allait changer le monde du travail, pourquoi échoue-t-elle plus souvent qu’autrement? Mon hypothèse la plus plausible est que la gestion de projets tue la créativité. Et sans créativité, le monde du travail est coupé de son innovation.

Il est indéniable : la pensée créative est indispensable au succès d’un projet. Devant des risques ou des obstacles, les acteurs d’un projet doivent être en mesure de réfléchir out of the box afin de trouver des solutions aux problèmes. Ils doivent faire preuve de créativité.

Par contre, les contraintes imposées par la gestion de projet trop rigide tuent cette créativité tant nécessaire : difficile d’apporter de nouvelles idées à un projet qui est suivi rigoureusement et dont les jalons clés ont déjà été identifiés. Mélanger les cartes alors qu’un projet est déjà en cours se résume souvent à engendrer plus de coûts. En effet, il n’y a pas pire cauchemar pour un chargé de projets que d’avoir à gérer des retards, des dépassements de coûts, des restructurations de projets, etc.

Ce manque de flexibilité dans les différents processus (le temps, les budgets, les approbations, etc.) rend difficile l’émergence de nouvelles idées.

Dans l’article How to Kill Creativity, publié en septembre 1998 dans le Harvard Business Review, l’auteur, Teresa M. Amabile, écrit :

« Creativity thrives when managers let people decide how to climb a mountain; they needn’t, however, let employees choose which one. »

Autrement dit, la gestion de projets devrait pouvoir rallier les acteurs principaux d’un projet vers l’atteinte d’un même objectif, mais en leur laissant le choix du chemin, en leur laissant l’opportunité d’être créatifs et, au besoin, de réajuster le tir.

Si la gestion de projet a mérité ces lettres de noblesse à travers le temps, il me semble évident que sa formule n’est plus adaptée à notre réalité d’aujourd’hui. De nos jours, nous travaillons presque tous contre la montre en repoussant les limites de la forme classique de la gestion de projet.

Si certains modèles plus agiles existent, il est naturel de se poser la question : à quel moment deviendront-ils obsolètes à leur tour?