Les contraintes au service de la créativité

Posted on mars 25, 2013 par

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Les gestionnaires de projets souvent perçus (à tort) comme des opposants à la créativité et non ses alliés. Ce sont eux qui rassemblent les ressources et leur attribuent des tâches selon des objectifs, un budget et un échéancier précis. Ils déterminent donc les contraintes avec lesquelles l’équipe créative doit composer. On imagine souvent la créativité comme le résultat d’une liberté totale au sein de laquelle l’esprit inventif peut pleinement s’émanciper. Selon cette vision, l’équipe créative créerait donc sans limite, produisant des idées grandioses qui seront par la suite réduites à un format exécutable selon les contraintes établies par le gestionnaire de projet.

Réflexion créative

En réalité, les contraintes sont  introduites en amont du projet pour que l’équipe créative sache de quels outils et limites elle dispose pour créer. Son rôle est ainsi de trouver la meilleure solution en fonction du cadre établi.

Cadre établi

Selon l’Office québécois de la langue française, la créativité se définit comme une « aptitude particulière de l’esprit qui consiste, par des méthodes appropriées, à trouver des idées nouvelles ou des solutions originales qui aboutiront à la mise en œuvre de choix utiles et fiables ».  Ainsi, dans un contexte de projet, la créativité se définirait comme l’aptitude de l’équipe créative à utiliser les outils à sa disposition pour trouver des solutions originales pour répondre à l’hypothèse de base du projet, et s’assurer de la faisabilité de leur exécution selon les contraintes de budget, de ressources et de temps.

Pour mieux comprendre comment la gestion de projets, ou l’établissement de contraintes, peut encourager la créativité, dressons le parallèle avec l’OuLiPo ou Ouvrage de littérature potentielle. Créé en 1960 par François Le Lionnais, un mathématicien, et Raymond Queneau, un écrivain, le mouvement littéraire, adapté par la suite à plusieurs disciplines artistiques, prône la création d’œuvres littéraires en  considérant les contraintes préalablement inventées et établies par les membres du groupe. Ils croient que les contraintes permettent de faire surgir davantage de créativité. Raymond Queneau confirme: « Le classique qui écrit sa tragédie en observant un certain nombre de règles qu’il connaît est plus libre que le poète qui écrit ce qui lui passe par la tête ».

Parmi les plus célèbres membres de l’OuLiPo on compte évidemment Raymond Queneau, connu notamment pour son livre Exercices de style dans lequel  la même courte histoire d’un homme dans un autobus est reprise de dizaines de façons toujours en tenant compte de contraintes différentes. On compte également Georges Perec qui écrit de nombreux romans selon des contraintes établies. Son œuvre la plus célèbre est sans doute La disparition, un lipogramme en « e », donc au sein duquel on ne retrouve pas une seule fois la lettre « e ».

On pourrait donc considérer les membres de l’OuLiPo comme des gestionnaires de projets et les écrivains comme l’équipe créative. Cette dernière a besoin des limites et des règles des gestionnaires de projets pour proposer une solution originale.