La gestion de projet 2.0, un changement purement technique?

Posted on mars 6, 2012 par

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À l’ère de la mondialisation et de la constante évolution des technologies de l’information et de la communication, nul ne pourrait nier la transformation majeure que de nombreux secteurs sont en train de connaître. Grâce à son universalité, à ses modes de transmission et à son faible coût d’utilisation, Internet transforme jour après jour les pratiques des professionnels de champs d’activité aussi variés que la médecine, l’enseignement, la biologie, l’art et les communications. En effet, en observant les habitudes d’un bon nombre de spécialistes, il est possible de constater que la «révolution numérique» frappe de plein fouet une importante quantité de secteurs. Et celui de la gestion de projet ne semble pas faire exception à cette règle. Loin de là! Il est entre autres possible de voir émerger une panoplie de nouveaux postes, programmes d’étude et concepts dans ce secteur. Plus particulièrement, l’un des «phénomènes» suscitant un intérêt constant depuis 2009 est ce qui est dorénavant commun d’appeler la gestion de projet 2.0 (GP 2.0). Par contre, si bien des professionnels de ce domaine sont aujourd’hui familiers avec cette désignation, peu savent réellement ce qu’elle implique.

Par exemple, si la gestion de projet 2.0 entraîne dans son sillage une certaine quantité de nouveaux outils tels les wikis, les blogues et les médiaux sociaux, il appert que de nombreux spécialistes ne voient que ce changement dans l’assignation GP 2.0. Or, comme le soutient Olivier Laquinte (2010) dans un billet intitulé «Les bénéfices de la gestion de projet 2.0», la GP 2.0 présuppose une philosophie particulière et, voire même, un changement de paradigme. En effet, bien plus qu’être une adaptation des nouvelles technologies du web 2.0 aux méthodologies antérieurement développées dans le domaine de la gestion de projet, la GP 2.0 est :

« […]une approche de gestion de projet rendue possible par l’utilisation d’applications sociales émergentes et qui misent sur l’intelligence collective, la collaboration et des structures d’équipe ouvertes comme étant à la base du succès des projets.» (Lynch, 2009 : Laquinte, 2010)

C’est donc dire que si les méthodes de travail traditionnellement employées dans le champ d’étude pouvaient simplement miser sur le respect du triangle coût-temps-qualité, la GP 2.0 doit, quant-à-elle, davantage mettre de l’avant l’importance des éléments suivants :
• Un cycle de vie itératif;
• L’auto-organisation des équipes de projet basée sur la collaboration de toutes les parties prenantes plutôt qu’une gestion de celles-ci;
• La mise en place d’outils de communication plutôt que la définition de processus;
• Une diffusion de l’information plutôt qu’une gestion de l’information. (Laquinte, 2010)

Ainsi, toute équipe de travail ou organisation souhaitant adopter des pratiques s’apparentant à la GP 2.0 doit être consciente que ce type de gestion ne change pas les fondements des bonnes pratiques universellement reconnues (gestion efficace des parties prenantes, prise de décision basée sur une gestion des risques, planification et contrôle du projet adapté au contexte, etc.) et n’est pas non plus une solution miracle à tous les problèmes des équipes impliquées dans ce domaine. Bien sûr, elle entraîne de nombreux avantages qui sont indéniables comme :
• Une meilleure visibilité des décisions qui sont prises à l’intérieur du projet grâce aux outils collaboratifs (wikis, blogues, etc.);
• Une optimisation de la communication entre les membres de l’équipe et avec les parties prenantes;
• Une meilleure utilisation du temps (moins de réunions, moins de déplacements, etc.);
• Une validation rapide et collaborative des livrables;
• Une traçabilité du processus décisionnel (tout est disponible dans un seul et même endroit);
• Un archivage automatique et en temps réel de l’information;
• Etc.

Toutefois, si les nouvelles plates-formes de communication utilisées dans le cadre de la GP 2.0 entraînent de nombreux bénéfices, elles peuvent également faire émerger une quantité importante de risques si elles sont utilisées de façon inappropriée. De la sorte, l’intégration d’outils du Web 2.0 à l’intérieur du processus de travail demande une réflexion étayée. Non seulement la ou les plates-formes sélectionnées doivent s’harmoniser parfaitement dans les méthodes de travail de toutes les parties prenantes importantes du projet, mais elles doivent également être utilisées par des individus ouverts à l’idée d’un changement de paradigme par rapport à la gestion et au contrôle de l’information : la plus grande accessibilité à l’information que permettent les nouvelles plates-formes entraîne une augmentation de l’intelligence collective et une meilleure performance collective.

En somme pour que le passage d’une gestion de projet traditionnelle à une gestion de projet 2.0 se déroule de façon efficiente, il sera davantage important de se préparer à un changement théorique impliquant une redistribution des pouvoirs (par le biais de la démocratisation de l’information) plutôt qu’à l’acquisition de nouvelles compétences techniques.

SOURCES

LAQUINTE, Olivier. «Les bénéfices de la gestion de projet 2.0», Le blogue de l’équipe DexterIT, [En ligne], 21 février 2010, http://www.dexterit.ca/?p=59&option=com_wordpress&Itemid=10 (page consultée le 4 mars 2012)

LAQUINTE, Olivier. «Ma définition de la gestion de projet 2.0», Le blogue de l’équipe DexterIT, [En ligne], 19 janvier 2010, http://www.dexterit.ca/?p=41&option=com_wordpress&Itemid=10 (page consultée le 4 mars 2012)